Le monde diplomatique, juillet 2009.
« Un journaliste affublé d’un toupet et d’un imperméable en plastique s’approche de Jimi Hendrix. « Je suis du New York Times », lui dit-il. Hendrix lui sourit d’un air fatigué, et répond : « Enchanté. Moi, je suis de Mars. » La plaisanterie énonce à sa façon une certaine vérité. Pendant la quinzaine d’années des premières grandes expéditions spatiales, le rock (et apparentés) rêve de « contact » et de plongées intersidérales, vibre entre mysticisme et rigolade, vision intérieure bouleversée et fantaisie galactique. Rien de franchement surprenant : se concentre là le rapport, double et duel, que les humains de nos occidentales régions entretiennent généralement avec les mystères des cieux. Mais le rock exagère. Il électrise et amplifie, dramatise et ironise. Et les « rencontres du troisième type » deviennent autant de mises en cause ou de mises en boîte du simple Terrien. Cosmicomics.
Pour tout dire, la musique a traditionnellement partie liée avec la représentation du cosmos. Les vastes champs de l’espace ont souvent chanté, même si seuls les élus pouvaient espérer en percevoir l’écho sonore. Déjà au VIe siècle avant notre ère, Pythagore affirmait que les astres en rotation autour de la Terre immobile jouaient une gamme complète, en harmonie parfaite : il inventait la « musique des sphères », qui hanta longtemps les rêveurs. Sensiblement plus tard, c’est l’immatérielle, l’ineffable voix des anges qui se déploya dans ces mêmes zones. Il est clair que rien n’était plus flatteur pour les musiciens, ni plus exigeant… Quelque chose de l’éternité, une trace de divinité se trouvait en puissance dans la musique. Les sphères harmonieuses et les anges chantant lentement s’estompèrent dans notre imaginaire, la musique demeura voie royale vers l’infini… »
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